Impressions hugoliennes sur La geste de Bréké de Macaire Etty

L’auteur nous propose d’imaginer avec Victor Hugo que la bataille de Waterloo n’eût jamais lieu. Il établit par cette supposition un parallèle avec le poème épique de Macaire Etty, qui lui met en scène une guerre manquée entre deux villages frères, puis conclut en nous invitant à méditer sur l’actualité brûlante de nos jours, qui semble faire la part belle à la guerre et aux menaces de guerre, aux « boutons nucléaires » et aux « missiles intelligents »…. Commentaire du Bureau de la critique


Impressions hugoliennes


Parlant de la bataille de Waterloo, Victor Hugo a supposé dans Les misérables que «S’il n’avait pas plu dans la nuit du 17 au 18 juin 1815, l’avenir de l’Europe était changé. Quelques gouttes d’eau de plus ou de moins ont fait pencher Napoléon. Pour que Waterloo fût la fin d’Austerlitz, la providence n’a eu besoin que d’un peu de pluie, et un nuage traversant le ciel à contre-sens de la saison a suffi pour l’écroulement d’un monde. »

La pluie donc parle Hugo aurait eu pour fâcheuse conséquence, pour les Français du moins, le début très tardif de la bataille (pratiquement à la mi-journée). Le terrain étant trempé, et donc pas assez ferme, l’artillerie ne pouvait manœuvrer. L’on avait dû attendre que le soleil eût quelque peu consolidé le sol pour engager les hostilités. Résultat, le commandant des troupes prussiennes, Blücher, a eu le temps d’arriver sur les lieux en pleins feux, in extremis, alors même que le duc de Wellington, voyant ses soldats malmenés, commençait à envisager sérieusement la capitulation…

Imaginons une supposition autre que celle de Victor Hugo. Supposons qu’il eût plu tellement fort, et longtemps, mettons trois jours et trois nuits de déluge, et que la bataille n’eût pu tout simplement jamais commencer. Qu’en lieu et place des canonnades, les chefs des armées belligérantes, inspirés par le Saint-Esprit descendu sur eux par la voie des éclairs célestes, se fussent plutôt envoyé tour à tour des émissaires avec des messages rivalisant de grâce et d’éloquence. Dans un premier temps, des sommations, des appels à la reddition, puis des négociations, et enfin des messages pacifiques appelant à une rencontre pour sceller un accord de paix.

Peut-être alors que le poète français aurait eu une meilleure inspiration que « Waterloo morne plaine ». Son fameux poème eût peut-être alors rapporté une tout autre histoire, du genre de celle qui nous est contée dans La geste de Bréké, le fabuleux poème épique de l’écrivain ivoirien Macaire Etty, qui vient d’être couronné Grand prix des Belles-lettres à l’édition 2017 des Grands prix des associations littéraires.

La geste de Bréké, c’est l’histoire d’une bataille manquée, une guerre fratricide avortée par l’histoire, entre deux villages frères, alors même que tout semblait indiquer que l’affrontement était inévitable. L’enjeu, un « tam-tam tutélaire », détenu par le village de Bréké, où l’art et la culture de l’art est prioritaire, et convoité par le village de Nikè, où les dirigeants préfèrent s’adonner à l’art de la guerre, et se croient par la force en droit de déposséder le peuple voisin de « l’nstrument-frabricant-d’émotions ».

Bréké

A ta présence mes jambes deviennent échassiers
Mon buste s’étire, mon cou se dilate
Et le ciel je frôle
Me voilà génie, me voilà possédé

Macaire Etty le griot magicien a mis dans ce texte quelque chose d’ensorcelant, qui vous fait sentir les mots plus qu’on ne les lit. L’histoire est contée à un rythme qui varie selon les émotions véhiculées. On y ressent la colère populaire endiablée de la cadence frénétique du tam-tam, et l’on perçoit la sérénité royale au rythme constant du tambour pondéré.

Je vous demande de mettre vos oreilles
A la porte de ma bouche !
Que vos oreilles boivent glouglou ma voix.

Cet ouvrage est en outre d’une actualité trop évidente pour n’être pas lu, d’une vraisemblance qui par endroits vous donnerait envie de remplacer les noms de certains personnages par d’autres plus appropriés que l’on entend tous les jours à la télé. Une belle leçon de paix et de vivre-ensemble qui nous arrive d’Afrique, de la Côte d’Ivoire notamment, et qui n’est pas de trop aujourd’hui où la mode semble être au plus gros bouton nucléaire, ou au missile le plus intelligent.

Non il n’y aura pas de guerre […]
Il fallait aider Niké
A retrouver le chemin de l’émotion par l’art.

Article proposé par le collectif Reading is so Bookul

Bandeau lancement 2018

Publicités

Un commentaire sur “Impressions hugoliennes sur La geste de Bréké de Macaire Etty

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s